Bruxelles, Anvers et Gand forment un triangle sur la carte. Un triangle rose, tellement elles sont gay-friendly. Les trois villes éditent d’ailleurs une gay map, un plan qui référence localement les lieux de vie et de sortie de la communauté homosexuelle belge. Les « Holebi », acronyme de « homosexuels, lesbiennes et bis », ont donc l’embarras du choix entre se retrouver en terre francophone ou en terre néerlandophone, dans la capitale belge ou en Flandre.
Avec son air de province et son statut de capitale belge et européenne, Bruxelles n’est pas à un paradoxe près. En retard sur Anvers et Gand, elle vient tout juste de se doter d’une « gay map », mais elle possède déjà un monument à la fierté LGBT : une colonne bleue couverte de noms, célèbres ou inconnus, de gays ou de sympathisants.
Partagée entre Wallons francophones et Flamands néerlandophones, Bruxelles est naturellement cosmopolite. « Grâce à l’Europe et à ses expatriés, à Bruxelles, on baise dans toutes les langues ! » explique Benoît, un habitué de la rue du Marché-au-Charbon, dans le Marais local. Un humour que n’aurait peut-être pas renié René Magritte, pape du surréalisme dont les bons mots ornent encore les murs d’estaminets comme La Fleur en Papier Doré qu’il fréquentait en son temps. Car Bruxelles est aussi la patrie du surréalisme et l’esprit de René Magritte flotte encore dans toute la ville. Un musée à la dimension internationale de l’artiste a ouvert ses portes en juin dernier dans l’hôtel Altenloh, sur la place Royale. On peut y découvrir près de deux cents œuvres du peintre, mort en 1967, dont quelques copies de la célèbre série des chapeaux-melons, ainsi que ses tableaux-mots. S’il avait vécu dans les années 2000, on peut espérer qu’il aurait été gay-friendly, à l’image de Bruxelles. N’a-t-il pas dit : « La liberté, c’est la possibilité d’être, et non l’obligation d’être » ?
Anvers n’est que la deuxième ville du pays, mais elle n’est pas en reste face à Bruxelles et ne manque pas non plus de paradoxes. Deuxième plus grand port d’Europe, après Rotterdam, elle est pourtant située à… 85 kilomètres de la mer !
À l’avant-garde de la mode et du design belge, elle est le symbole du génie créatif flamand, une véritable pépinière de talents qui revendique son irrévérence. Hier Rubens, Van Dyck et Breughel, aujourd’hui Dries Van Noten, Ann Demeulemeester et Walter Van Beirendonck, pour ne citer que les plus connus de la « bande des six » d’Anvers, aux noms imprononçables pour les non-néerlandophones.
Les « modasses » se régaleront sur la Nationalestraat ,qui regroupe les boutiques de créateurs, le Modepaleis de Dries Van Noten et le Mode Natie. Ce splendide bâtiment abrite le MoMU, le musée de la mode, ainsi que le Fashion Flanders Institute où sont formés les créateurs de génie qui enchanteront bientôt les podiums.
Pour ne rien rater de l’Anvers de la mode, procurez-vous le guide Fashion Walk et suivez ses parcours chics et hype. Au gré des pages, on navigue d’une bonne adresse à l’autre, comme la sublime boutique Verso, installée dans une ancienne banque et spécialisée dans les marques italiennes, dans des quartiers entiers comme le Zuid, où vibre l’âme créatrice d’Anvers.
Il ne faut pas négliger le quartier autour de la gare d’Anvers, qu’on prend souvent pour une cathédrale, tant elle est imposante. Autrefois mal famé, il abrite à la fois des bars gays un peu chauds, le long de Van Schoonhovenstraat, et le QG des diamantaires, qui compte pas moins de quatre bourses de diamants et traite 85 % de la production mondiale de diamants bruts. Anvers possède même l’un des plus anciens zoos d’Europe, en plein centre-ville ,près de la gare. Pas étonnant que l’office de tourisme des Flandres ait choisi pour slogan : « Terre des irréguliers ».

Gand, maisons à pignons © Laurence Ogiela
Quant à la petite dernière du trio, elle surprend par sa vitalité et son dynamisme. Moins ville-musée que Bruges, un peu endormie, Gand possède certes un centre historique semblable. Avec ses maisons à pignons qui se reflètent dans l’eau des canaux, son imposant château fort, sa cathédrale et son impressionnant beffroi, on l’imagine comme un décor de carte postale désuète. Mais il faut arpenter la ville au-delà des célèbres quais du Graslei et du Korenlei, et découvrir le quartier des Arts et le Smak, le musée communal d’Art actuel, qui n’a rien à envier à ceux des grandes capitales. Il abrite des œuvres d’artistes belges et internationaux, ainsi que des courants aussi variés que le pop art, le minimal art, l’art conceptuel et le Cobra. En plus, il est situé dans le Citadel Park, un lieu de drague bien connu des gays locaux.
Comme ses grandes sœurs, Gand se veut paradoxale. Les maisons médiévales du quartier du Patershol cachent derrière leurs façades en briques rouges des restaurants hype et des boutiques branchées, et en plein centre historique classé se trouve le passage Werregarenstraat, réservé aux tagueurs en herbe qui seront peut-être les maîtres du street art de demain. Un exemple supplémentaire de l’irréverence de la « Belgian touch ».
(Photo principale : façade du Smous Café à Bruxelles © Laurence Ogiela)
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