Juin
17
2011

Corse, l’enquête gay
17 Juin 2011
par Laurence Ogiela / TÊTU

Corse, l’enquête gay

L’île de Beauté. Toute proche, elle offre pourtant un dépaysement comparable à certains pays lointains. Mais elle est aussi synonyme de désert pour les gays : pas un établissement officiellement homo à l’horizon et la réputation de ne pas être très gay-friendly. Et pourtant, en voyageant en Haute-Corse, de Calvi à Bastia, on découvre des lieux insoupçonnés fréquentés par la communauté. Bien sûr, il ne faut pas s’attendre à un tourisme gay de masse et à une vie nocturne débridée. Mais les rencontres en pleine nature peuvent se révéler très agréables. Attention : la discrétion reste toujours de rigueur.

À Calvi, le bar des Palmiers sur le quai Landry avait autrefois une réputation de cage aux folles. Il paraît que le propriétaire de l’époque organisait des soirées mémorables qui attiraient les légionnaires de la garnison voisine. Une sorte de Michou local. Aujourd’hui, plus rien de tout ça. C’est un bar-glacier comme les autres avec une belle terrasse le long du port de plaisance.

Philippe, 50 ans, originaire de Reims, vient en vacances à Calvi depuis vingt ans. « Je suis tombé amoureux de la région, et j’ai récemment décidé de m’installer dans la citadelle. Je travaille dans plusieurs boutiques à Calvi et tout le monde sait que je suis gay. En fait, je trouve les Corses d’ici plutôt ouverts d’esprit, et je n’ai jamais ressenti de gêne. Je n’ai jamais été témoin non plus d’un comportement homophobe, mais tout le monde évite les effusions en public. La plupart de mes amis corses sont hétéros et très friendly. J’ai même déjà rencontré un berger gay ».

Corse gay

Plage d’Algajola © Laurence Ogiela / Têtu

Calvi est prise d’assaut l’été, et si ça drague un peu la nuit derrière la voie ferrée, dans l’allée des Veuves, la journée tout le monde se disperse sur le sable chaud des plages. La pointe de la Revellata possède une plage naturiste plutôt tranquille, mais pour y accéder en voiture, louez un 4 x 4 ou oubliez la caution du véhicule. Sinon, un petit train longe le littoral de Calvi à l’Ile-Rousse et s’arrête à chaque plage. L’une des plus friendly et des plus fréquentées est celle de Saint-Restitut, après le camp de la Légion.

En continuant vers l’Ile-Rousse, on tombe sur la plage d’Algajola. « Les mecs draguent dans les rochers tout au bout, près d’une piscine naturelle d’eau de mer. Ce n’est pas facile d’accès, mais il y a des sortes de grottes pour se retrouver », raconte Antoine, originaire de l’Ile-Rousse.

« Aujourd’hui, l’été, on voit de plus en plus de mecs se tenir par la main, mais ce sont des touristes. C’est pas pareil quand tu es d’ici et que personne dans ta famille n’est au courant. Alors, pour faire des rencontres, on drague sur internet, et on se donne rendez-vous dans des petits coins tranquilles. » Comme les sentiers reliant les plages de Bodri et Ghunchettu sur la commune de Corbara.

Parce que certaines plages sont difficiles d’accès par voie terrestre, elles sont admirablement préservées. Et servent de lieux de rencontres propices. Une des plus belles reste la plage de l’Ostriconi, à la sortie de l’Ile-Rousse. Pour atteindre ce long ruban de sable blanc, il faut descendre un sentier pentu pour y accéder, et aller tout au fond, où dunes et forêt de genévriers réservent bien des surprises.

Mais se contenter de longer le littoral serait passer à côté de l’essentiel de la Balagne : ses villages perchés. Les routes départementales de montagne entre Calvi et l’Ile-Rousse dévoilent des panoramas époustouflants et des hameaux de carte postale. Arrêtez-vous à Cateri, Pigna, Sant’Antonino, Speloncato…

Corse gay

Plage d’Ostriconi © Pierre Bona

En continuant vers Bastia, on traverse le splendide désert des Agriates, une zone littorale protégée de centaines d’hectares de maquis. Il cache l’une des plus belles plages de Corse, celle de Saleccia, extrêmement difficile d’accès par voie terrestre. Il faut plusieurs heures de marche pour y arriver, ou un solide 4 x 4 pour résister aux pistes défoncées. Mais la récompense est au rendez-vous : eau cristalline, sable blanc, forêt de pins, lande parfumée et tranquillité assurée. Peu d’âmes à l’horizon. D’ailleurs, c’est comme ça tout le long de la côte des Agriates. L’été, chacun y cherche sa crique déserte en bateau.

Corse gay

Plage de Saleccia © DR

Le golfe de Saint-Florent marque la frontière entre les Agriates et le cap Corse. Pour visiter le cap Corse, on remonte la D80 qui en fait le tour. Étroite bande de terre au littoral tourmenté et sauvage, il abrite de jolis ports de pêche et compte plus de trente tours génoises encore debout. Ne ratez pas Erbalunga, Rogliano Centuri, ou encore Nonza et sa tour génoise qui tient presque en équilibre au-dessus du vide.

En rejoignant Bastia, on ne part pas sans avoir déambulé dans ses ruelles en pente. Ses hautes maisons aux murs décrépis encombrés de cordes à linge lui donnent un air de Naples. Au-dessus du bassin du Vieux-Port, le square Romieu est un lieu de drague, tout comme la plage de la Marana et le port de plaisance de Toga. Qui a dit que la Corse était un désert pour les gays ?

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