Fév
03
2014

Gay culture à Varsovie : Fou comme un Polonais
03 Fév 2014
par Jan Le Bris de Kerne

Gay culture à Varsovie : Fou comme un Polonais

Les homos, dit-on, aiment être à la pointe. Chez eux, comme partout, il y a ceux qui « savent » et ceux qui ne savent pas encore. Les prescripteurs de tendances et les autres. Ainsi, les premiers, têtes chercheuses des nouvelles « places to be », tentent de garder encore un peu secrètes les destinations qui seront bientôt les nouvelles Mecques gays. Privilège des explorateurs : il faut bien profiter un peu de ses trouvailles avant qu’elles soient gâtées par un afflux massif. Mecques Gay, comme l’ont été ces dernières années Barcelone, Madrid, Londres et bien sûr Berlin. Tel-Aviv aussi. Et il y a fort longtemps, au Jurassique homo (1990), Marrakech.

Qui aurait pensé, il y a encore cinq ans passer ses vacances à Lisbonne ? Aujourd'hui, les homos parisiens les plus en vogues viennent se dandiner joyeusement dans cette rayonnante cité, nouvellement entrée au palmarès des villégiatures friendly.

Attardons nous un peu sur une autre ville dont on parle encore peu, et qui avance sur le chemin des villes atypiques dont on raffole : Varsovie. Sa vie alternative et son émulation gay. Certes, ce n’est pas les palmiers ni la plage. Mais les bienfaits de Berlin ont allumé la curiosité pour les villes de l’Est, post-soviétiques.

Varsovie est une ville segmentée dans son architecture et dans son histoire. Segmentée comme l’histoire de la Pologne, tiraillée, dépecée, cicatrisée. Varsovie détruite à 80% pendant la seconde guerre mondiale par les Allemands, ses monuments historiques et quartiers anciens réduits en cendres, elle est parvenue à tout reconstruire presque à l’identique, y compris le fameux Château Royal en pleine Vieille Ville. La rue Nowy Swiat, belle, noble, flanquée de bâtisses anciennes, d’églises et d’universités, qui parvient encore à conserver ses commerces, restaurants et son animation.

Varsovie Jan Le Bris de Kerne
Le château royal © Diego Delso

Varsovie est donc un modèle unique de réhabilitation historique réussie. Ensevelie sous les décombres fumants, l’âme Polonaise n’avait cessé de frémir et en peu de temps, elle a ressuscité cette ville pour en faire une cité brillante et palpitante. On s’y cultive, on y dîne merveilleusement bien (essayez la cuisine polonaise et ses nombreux restaurants chics) et l’on s’y amuse beaucoup.

Le peuple gay en Pologne est un élément capital de cette renaissance artistique, alternative et commerciale. Il suffit d’aller à l’Opéra, au théâtre ou à la Philharmonie pour se rendre compte de la participation massive des homos à cette économie culturelle. Tant dans le public, que sur scène, dans les lieux de décision ou dans les politiques culturelles et bien sûr dans la vie nocturne.

L’Opéra est par exemple capable de produire un scandaleux et savoureux « Manon Lescaut » de Puccini, hyper sexué, bondage, avec danseurs bodybuildés à perruques Andy Warhol, et chanteurs jeunes et beaux (exit les pachydermes huileux). La Philharmonie, qu’on voit à l’épilogue du bouleversant « Pianiste » de Polanski, donne des concerts rares sous nos lattitudes, comme dernièrement un brillant Gala Rachmaninov. Sans ignorer les solides relents homophobes qui gâtent régulièrement le paysage polonais, il semble pourtant que ce pan gay important de la vie de la cité se développe dans une joyeuse sérénité.

Étrangement, les musées d'art contemporain, moderne ou classique sont un peu faibles. Il faut les voir, bien sûr, mais une fois qu'on a vu le reste. L'histoire compliquée de la Pologne, les guerres, le communisme soviétique ont fait que nombre de chefs d'œuvre ont été spoliés ou détruits. D'où une relative pauvreté des collections en regard des autres capitales européennes.

Pour l'art contemporain, il y a le Palais Ujazdowski, situé dans un joli parc, non loin du quartier très huppé des ambassades. Pour l'art classique, vous trouverez tout de même de belles pièces au Muzeum Narodowy (National). Ceux qui aiment la science iront également voir le musée Marie Sklodowska Curie, dans la vieille ville. Mais surtout, il y a les excellents et mutlimédia musées de la Résistance Polonaise et Musée Chopin, à voir à tout prix. Par ailleurs, de nombreuses balades romantiques vous feront chavirer, seul, à deux ou plus : la rue Nowy Swiat, les Bains Royaux et bien sûr, le Palais Royal et la vieille ville.

Varsovie Jan Le Bris de Kerne
La rue Nowy Swiat © Robert Parma

Signe que les temps évoluent à grande vitesse à Varsovie, on peut y être gay, élu et respecté comme l’affirme le député Robert Biedron. C’est un visage très connu en Pologne, il siège à la Diète (parlement) et on le voit régulièrement invité dans les émissions populaires: « Etre gay n’est plus perçu comme étant bizarre, étrange. Les gens autour de moi sont vraiment encourageants pour moi comme pour la cause et la lutte contre les discriminations. La prise de conscience évolue rapidement et naturellement, je n’ai même pas besoin d’être militant. » Mais le député est plus sévère sur le sujet des droits LGBT : « Actuellement, la sphère politique est dominée par les partis de droite et ils bloquent plusieurs initiatives cruciales. »

Krystian Legierski, 33 ans, métisse, écologiste, premier élu ouvertement gay de Pologne, au conseil municipal Varsovie, confirme va plus loin. Il déplore d’abord la lenteur du développement de l’activisme LGBT. Il attribue cette mollesse à une volonté de la part des gays de ne pas se poser en victimes sacrificielles de la discrimination. Lorsqu’on lui demande si malgré tout le pays et ses politiques vont dans le bon sens, sa réponse est nette : « Sans aucun doute non. La scène politique polonaise est malheureusement très immature en regard de ce qui se passe ailleurs dans le monde. Je crains que s’il ne survient pas un changement radical des personnes qui siègent au Parlement polonais, on doive attendre encore longtemps l’amélioration des droits LGBT. »

Au Heaven Sauna ouvert depuis trois ans, Pawel le barman, 23 ans, qui a étudié l’architecture, juge que la vie gay à Varsovie est « sympa » malgré tout. Les clients autour du bar, tous jeunes, hésitent un peu à affirmer qu’ils sont heureux en tant que gays, mais ils trouvent facile de rencontrer du monde et de lier des contacts amicaux ou amoureux. L’offre est abondante, estiment-ils et cela semble les satisfaire.

Le tissu associatif LGBT existe même s’il peut paraître fragile en comparaison du français : l’association Lambda, le Queer Café et plusieurs sites Internet comme gay.pl, homiki.pl ou gejowo.pl. Une revue gratuite : Replika. Tout ces lieux de parole s’évertuent modestement à apporter cohésion et soutien à la communauté gay polonaise.

En ce qui concerne la prévention VIH, elle est vraiment faible voire invisible. Souvent dans les établissements chauds de la capitale, on ne met pas à disposition gratuitement de préservatifs ou alors épisodiquement, lorsqu’une association vient en livrer ça et là. On a trop tendance à considérer que c’est de la responsabilité de chacun. Comme si finalement ce jeune peuple gay de la nuit avait intégré un fatalisme et parvenait à s’estimer content du peu qu’on voulait bien lui concéder. Encore cette segmentation de l’âme polonaise : capable de rire aux larmes et de chanter, puis de s’accorder des moments de mélancolie et de résignation.

Car les Polonais pratiquent un humour pointu, vif, un peu ironique, habitués qu’ils sont à détourner les souffrances pour mieux les supporter. Il faut s’accommoder des difficultés de la vie, des cahots de l’histoire, du climat rude, de la vitesse fulgurante à laquelle change le pays. Et cette vivacité culturelle et alternative, l’insolente croissance économique polonaise sont les antidotes joyeux au récent passé trop lourd.

Varsovie
La skyline de Varsovie, de nuit © Piotr-Wierzbowsk

Piotr Lucyan, le patron du Candy Club, « out » depuis longtemps, est à la fois dithyrambique sur les possibilités culturelles et sur la nouvelle vague artistique qu’offre Varsovie, et très lucide sur la tolérance qu’on y montre à l’égard des personnes LGBT : « J’ai quand même l’impression que la tolérance s’applique en priorité aux gays qui ont du succès, qui gagnent de l’argent. Est-ce que c’est vraiment ça la tolérance ? Par rapport au reste de la Pologne, les gays sont plus heureux à Varsovie. Mais on n’en est pas encore au niveau des standards européens. La droite et le centre droit ne tolèrent pas les homosexuels. C’est avec les plus grandes difficultés qu’ils accordent quelques droits qui pourraient améliorer le quotidien des gays en Pologne. » L’élégant entrepreneur conclut qu’il est malgré tout facile pour les jeunes gays de socialiser tant dans des lieux peu chers et aux sensibilités variées, que grâce à l’Internet. Le bonheur dans  l’alternative numérique, donc.

Fin de la première partie.
Deuxième partie : les lieux gays de Varsovie

Retrouvez le blog de notre contributeur Jan Le Bris de Kerne, Varsoviegay

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