Fév
08
2013

Gay Culture à Varsovie : Fou comme un Polonais (2)
08 Fév 2013
par Jan Le Bris de Kerne

Gay Culture à Varsovie : Fou comme un Polonais (2)

Après vous avoir fait découvrir Varsovie et ses richesses culturelles, nous entrons à présent dans le vif du sujet : où sortir  dans la nuit gay varsovienne ? A quoi ressemble-t-elle ? Qu’y voit-on ?

Il y a 18 ans, naissait le Fantom, première boîte gay avec bar, boutique et darkroom. C’est un voyage dans le passé. Un lieu comme fossilisé, précieux, dernière trace d’une époque qu’on espère révolue. C’est une image un peu sépia du monde gay avant la naissance du monde gay. L’entrée se situe après une grille donnant sur un Palais, entre deux cours, dans une sorte de tunnel un peu sombre, recouvert de tags et d’affiches. Sur la droite, une porte en ferraille, à peine visible, et qui porte timidement l’inscription Fantom. Tout un programme.

On trouve aussi à Varsovie toute sorte de saunas gays et dark-rooms beaucoup plus récents qui s’éparpillent dans la ville : Heaven Sauna, à l’atmosphère joyeuse et pleine d’allant, Vero Club, Wild Club. Le Toro, discothèque du nom de ses créateurs Tomek et Romek, en couple depuis 25 ans. Ce grand espace à l’image de beaucoup de boîtes européennes a d’ailleurs accueilli plus de 2 000 fêtards qui participaient à l’Europride en 2010.

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Le Toro

La ville propose aussi de minuscules bars discrets et mignons comme tout, comme le Lodi Dodi, où peuvent se serrer à peine 20 personnes autour d’un comptoir rond.

Et surtout les grands clubs, fidèles à la haute réputation festive des villes de l’Est. Le Candy Club (où a été photographié le jeune homme qui illustre ce dossier, ndlr) en premier lieu. Un bel endroit où se pressent les oiseaux chics et chamarrés de la night un peu mondaine. Mais festive !  Car à Varsovie, point de lieu de fête, sans fête : étrange, n’est-ce pas ?

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Le Candy Club

Piotr et Sebastian sont en couple depuis trois ans et dirigent une agence de communication. Ils ont créé le Candy Club pendant l’été 2012, après avoir œuvré avec succès au Hunter’s, lui même ex-Utopia (qui était la grande discothèque gay tendance, de Varsa). Le Candy Club est un vaste espace moderne, aux illuminations de LED violettes, aux hurlants écrans qui crachent des vidéos bariolées, ou des making off de séances photos avec les plus célèbres « male models » de la planète. Un petit carré VIP, au fond de la piste. Un long bar où attendent alignés et tous de chemises noires vêtus, de bien jolis barmen qui trompent les heures creuses du début en jonglant avec les bouteilles (« flair »).

La foule ne devient foule qu’à partir de 1 heure du matin, bien que le club ouvre vers 22 heures. A l’entrée, le « selektor », Krysztof est avenant et bien élevé. Il vous dit bonjour en souriant et la sélection n’est vraiment pas prohibitive. Allez-y comme vous êtes, l’effort que vous avez l’habitude de faire pour aller en boîte sera suffisant pour franchir le cordon.

Ici les gens boivent sans avoir l’air ivres, et dansent. Mais alors dansent ! Il y a de tout : des beautiful people, comme des monsieur tout le monde. Des bears musclés chemises à carreaux, comme les éternelles modasses à l’œil pétillant et la dent dure. 80% d’homos, 20% d’hétéros et les légendaires « filles à pédés » glamours, blondes, chatoyantes, impressionnantes. Si l’on fatigue, de très confortables canapés, vastes et accueillants sont disposés à côté de la piste, avec tables et cendriers. Le glauque n’a pas cours dans cette vie gay polonaise. On oscille toujours entre simplicité, mondanité et alternativité.

Le Glam, autre grand club gay, est un bon exemple de cette tendance alternative civilisée. La porte est à peine visible de l’extérieur, car point de logo scintillant et pailleté comme pourrait le suggérer ce nom, Glam. Pour toute mention de la présence d’un club gay et lesbien (vous verrez que « lesbien » a son importance), on note la présence de deux robustes dvârapâlas et d’un jeune homme aux cheveux très longs pas coiffés, genre métal rock. En bas, on peut rencontrer le DA. Il aurait absolument dû être mannequin, tant il est grand, fin, sapé dernier cri et tant son visage évoque les catwalk de mode homme. Il parle vite, sans beaucoup sourire, signe d’un esprit vif et qui ne s’encombre pas de détours obséquieux ni de cérémonies. Superflu.

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Le Glam

Ici encore, on ouvre tôt, mais comme toujours, personne en vue avant 23 heures. Les premières qui entrent sont les lesbiennes. Jeunes et en meute, fems ou butchs, elles dansent entre elles et rient aux éclats. Une vingtaine, à peine plus âgées de vingt ans. Igor tient à souligner qu’il est hors de question pour lui d’opérer une quelconque ségrégation entre lesbiennes et gays. Il en fait presque une doctrine politique. Le barman d’une beauté assez spectaculaire (bien que mainstream), contemple de son œil bleu l’arrivée des clients. La musique est commerciale, house, pop.

Au Glam, ont apparu tout ce qui compte de chanteuses polonaises célèbres, et autres créatures drag connues de tout le pays. Jusqu’au fameux Zombie Boy, modèle tatoué intégralement qui figure dans un clip de Lady Gaga et autres publicités Armani. C’est dire le pouvoir d’attraction du club. Tout est peint en noir, de cette peinture plus très fraîche qui fait très « foyer des élèves » ou fraternité universitaire désargentée, avec son lot de câbles décrochés qui pendouillent à tout va. Antithèse ! Les toilettes ne ferment pas et pour tirer la chasse d’eau, il faut appuyer sur de grosses vis qui remplacent ce qui jadis devait être un bouton-poussoir. Trash ! Il est évident que la jeunesse LGBT née après la chute du Mur de Berlin a élu domicile en ce temple pas prétentieux et amusant comme tout.

La liste des endroits LGBT est longue : on peut y ajouter Le Garage, le City et ses drag queen, le Galeria, sorte de taverne sombre et enfumée, un autre monde très populaire, aux soirées Karaoké insensées…

Varsovie est à l’évidence une capitale méconnue et à connaître absolument. Tout comme Lisbonne il y a quelques années (et d’une dimension comparable), elle charrie toutes sorte de clichés infondés (oui, il fait beau et chaud en Pologne hors de l’hiver et non, les Polonais ne sont pas d’irrécupérables alcooliques). Personne n’aurait imaginé il y a encore 5 ans passer des vacances réussies à Lisbonne. Aujourd’hui, les Français s’y pressent en vacances, y achètent des appartements et y vivent.

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Le Galeria

Varsovie est encore à l’heure de la discrétion, secret bien gardé par ceux qui en sont tombés amoureux. Et amoureux des Polonais, beaux, grands, éduqués et chaleureux. Il y a quelques mois, une enquête a d’ailleurs officialisé ce sentiment diffus qu’il y avait résolument de belles choses à faire à Varsovie, en élisant à égalité avec Lisbonne, ces deux capitales « villes les plus cool d’Europe ». Il suffit d’y passer quelques jours pour ressentir profondément que la vie gay à Varsovie est en plein essor, sur sa pente ascendante et cette énergie du renouveau, de la jeunesse, n’a, dit-on pas de prix.

Retrouvez le blog de notre contributeur Jan Le Bris de Kerne, Varsoviegay, avec le guide complet et exhaustif, gay et culturel de Varsovie: varsoviegay.blogspot.com

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